CHSCT National du 06/12/2018

CHSCT National du 06/12/2018

CHSCT NATIONAL DU 6 DÉCEMBRE 2018 :

TOUT DIRE, TOUT ÉCRIRE

Lecture en séance par les élus FO
 de la lettre d’un salarié à la direction

 

Mesdames et Messieurs du CHSCT National, Monsieur le Président,

Je suis gestionnaire en liquidation retraite depuis quelques années et je voudrais vous adresser cette lettre.

Ce message est la retranscription de mon propre ressenti puisque c’est moi qui le rédige, mais également celui recueilli auprès de mes collègues des différents services de prestations retraite.

Nous sommes confrontés à des changements considérables depuis quelques années, et l’année 2018 a été particulièrement remplie en modifications d’organisation, de procédures, en mise en place de nouvelles applications de travail et en gestion des équipes.

 

Changement, changement, changement….

Le changement est une notion fondamentalement nécessaire et saine à l’évolution du système humain. J’ai moins de 35 ans, soyez certains que je n’y suis pas réfractaire.

Notre système de retraite, comme tout autre système, en a besoin.

Toutefois, je souhaite signaler aux élus et aux Directions que la façon dont s’opèrent ces changements depuis un an, et plus particulièrement ce deuxième semestre 2018 est brutale, demande des ressources d’adaptation, que ce soit sur les outils informatiques, aux nouvelles organisations d’équipe ou aux procédures règlementaires, et nos ressentis sont désespérément peu pris en compte.

Il me semble important de décrire ce mal-être qui peu à peu sclérose les équipes et affecte notre motivation, car nous en parlons tous au quotidien, mais sans jamais le notifier, sans jamais l’exposer réellement aux personnes qui peuvent agir. Et si rien ne peut être fait aujourd’hui pour nous soutenir, alléger nos contraintes, peut-être qu’en le signalant maintenant de la sorte, des précautions pourront être mises en place pour nous accompagner efficacement face aux changements futurs.

 

Premièrement, la redistribution des dossiers dans nos corbeilles.

Depuis la mise en place du robot en 2017, la distribution est irrégulière.

Auparavant nos REC/animateurs affectaient 6 dossiers par jour dans chacune de nos corbeilles. Nous avions l’habitude depuis des années de nous organiser en fonction de cette répartition, ce qui générait une production stable.

Depuis l’intégration du robot, nous recevons entre 15 et 20 dossiers le jeudi, et entre 0 et 10 les autres jours, en fonction du stock des CICAS, des autres services de liquidation et des services de pré-liquidation.

Nous avons vu le nombre de dossiers dans nos corbeilles augmenter sans aucun contrôle, dépasser les 200 dossiers par corbeille.

Il est compliqué de donner une priorité à la gestion des stocks, malgré les divers outils que les REC se sont évertués à mettre en place, car nous avons beaucoup de tâches à gérer au quotidien (entre autres les gestions collaboratives, les mails, les contrôles N1 et les réponses aux contrôles communautaires).

Il est frustrant pour nous de travailler dans ces conditions, car nous ne constatons pas individuellement le travail abattu, le nombre de dossiers décroitre dans nos corbeilles. Nous avons l’impression de ne pas être à la hauteur de la productivité nécessaire au nombre de dossiers à traiter, dont les dates d’effet, pour beaucoup, sont scandaleusement dépassés, des fois jusqu’à un an…

Notre manque d’efficacité, en raison du manque d’effectif, est une source de dévalorisation constante.

Et l’attente des versements se prolonge pour les retraités.

Peut-on parler de priorité client ?

 

Deuxièmement, la sectorisation.

« On » nous a mis la pression durant le premier semestre 2018 pour la réorganisation de l’affectation des dossiers, en nous demandant de traiter certains dossiers rapidement pour que les statistiques soient en cohérence avec le COM1. Pour se rendre compte au bout d’un mois que la sectorisation engendrait une disparité considérable du nombre de dossiers distribués par site. On nous a énormément parler de la mise en place de la sectorisation et du jour au lendemain plus rien. Nous ne sommes pas informés du suivi. De quelle manière la sectorisation est maintenue ? Va-t-elle durer dans le temps ?

Et pas d’autres choix que de remplir à nouveau nos corbeilles de manière brusque pour rééquilibrer les stocks … Encore une impression d’être peu efficace face à la quantité de travail.

Et l’attente des versements se prolonge pour les retraités.

Peut-on parler de priorité client ?

 

Troisièmement, la mise en place du RNGD.

Selon moi, c’est le plus difficile à vivre.

Les services GDA / participants ont été fermés depuis un an, et aujourd’hui « on » nous a attribué leur métier. « On » a intégré une fiche de poste entière dans la nôtre, l’air de rien, comme si c’était une simple tâche en plus. Nous gérons notre métier + le leur sans aucune compensation ni financière, ni une quelconque reconnaissance. Juste des remarques quand nous n’atteignons pas le quota de sfi/jour, ou que nous traitons les dossiers trop tardivement par rapport aux dates d’effet ou de dépôt.

La livraison des nouveaux outils du RNGD a été effectuée sans s’assurer au préalable de son fonctionnement, sans procédures stables. À ce jour, le RGND nous permet de terminer 20 % des dossiers et la finalisation des 80 % autres se fait en différée en raison de toutes les manipulations à effectuer (créations de fiches, envoi de mail au réseau expert, attente de procédures pas encore mise en place pour un certain nombre de cas). Tout se fait depuis trois semaines sur le tas, une véritable usine à gaz.

Les formateurs relais, malgré une persévérance exemplaire, rencontrent énormément de difficultés à répondre à nos questions, car « on » les a laissé se débrouiller sur le terrain, avec très peu d’informations stables. Des centaines de dossiers restent en suspens dans nos corbeilles car nous ne savons pas les traiter convenablement. Les délais de traitement s’allongent, s’allongent….

Encore une impression dévalorisante d’incompétence pour nous…

Et l’attente des versements se prolonge pour les retraités.

Peut-on parler de priorité client ?

 

Quatrièmement, la réorganisation des équipes.

Nous sommes tous solidaires et de bonne volonté mais un changement d’équipe, de N+1, N+2 et d’emplacement de bureau reste un changement auquel il faut s’adapter. C’est-à-dire puiser encore de l’énergie pendant ces semaines difficiles, des ressources en nous même pour s’adapter à une nouvelle atmosphère de travail, de nouvelles méthodes de travail.

Là encore une remarque que j’ai besoin d’extérioriser : certaines personnes sont davantage à l’aise pour travailler avec tel ou tel collaborateur, tel ou tel REC. Et « on » nous fait comprendre qu’il est inconvenant de vouloir changer d’équipe, comme si c’était trop compliqué…

« On » nous refuse une augmentation de salaire, « on » ne nous donne d’autres choix que de nous adapter aux modifications lourdes de notre métier en l’espace de quelques semaines, et là encore, un refus, une frustration pour nous, une impression de ne pas être pris en compte en tant que personne.

En janvier 2019, nous allons encore devoir nous adapter au Régime unique AGIRC ARRCO.

Et dans les années qui viennent à Alice, puis aux nouvelles méthodes et aux totales réorganisations liées aux futures fusions …

 

Cinquièmement le télétravail.

Enfin une bonne nouvelle pour la majorité d’entre nous. Nous l’attendons avec impatience. Une journée dans la semaine où nous pourrons travailler dans un endroit calme en nous faisant gagner le temps du trajet entre le lieu de domicile et le travail.

Seulement encore des blocages : on nous impose l’adresse de notre domicile et certains jours ne sont pas possibles (le mardi et le jeudi). Aucune raison réelle pour ces contraintes. Nous pouvons être assurés n’importe où et les réunions peuvent être organisées n’importe quel jour.

D’autre part, les Directions font parfois cette maladresse de considérer la journée de télétravail comme une journée de RTT. Comme si le fait de ne pas se rendre sur le site pour travailler signifie que nous allons moins ou moins bien travailler. Ceci donne l’impression d’un manque de confiance en notre conscience professionnelle. Encore une impression négative qui se rajoute.

Bien sûr qu’il y a pire ailleurs, que notre groupe n’est pas la pire entreprise en termes de conditions de travail. Mais est-ce une raison pour tirer le bien-être des salariés vers le bas ?

Est-ce une raison pour nous dire de manière méprisante que si l’on n’est pas content, on n’a qu’à aller voir ailleurs ? J’aime mon métier, j’adore les personnes avec qui je travaille tous les jours et je ne veux pas partir.

Et c’est justement pour cela que j’écris cette lettre. Je considère avoir énormément de chance de faire ce métier et faire partie de cette structure. Et j’ai l’angoisse de voir tout cela petit à petit se détériorer à force de laisser la rentabilité prendre le pas sur l’humain (les salariés, les retraités…).

 

Cette lettre est un appel au secours.

Quelles solutions pourrions-nous mettre en place pour se sentir à nouveau efficace dans notre travail, compétents, reconnus, dynamiques ?

Pour protéger notre humanité, et ne pas se laisser entrainer dans la course à la productivité, au règne du matériel, comme l’est tant gangrénée notre société.

Nous sommes un groupe de protection sociale, c’est notre valeur et notre fierté.