Digitalisation : quand le poste de travail envahit la vie privée

Digitalisation : quand le poste de travail envahit la vie privée

En 2005, 14 millions de salariés ne ramenaient jamais de travail à la maison, ils n’étaient plus que 11,9 millions en 2013.

 

DIGITALISATION : LA QUATRIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE A COMMENCÉ

 

Le mot désigne le stockage de données sur des supports mobiles (smartphones, tablettes…). Un grand progrès et le moyen de travailler par-delà les limites du temps, de l’espace et… du Code du travail.

 

En 2013, un milliard de smartphones auraient été vendus dans le monde, soit 35 % de plus qu’en 2012, dépassant les ventes des simples téléphones portables qui, eux, ne permettent pas de se connecter à Internet (source : Orange Business). Plus de 4,2 milliards de personnes utiliseraient leurs terminaux mobiles (smartphone, mais aussi tablette et ordinateur portable) pour accéder aux réseaux sociaux. Cet engouement gagne aussi de plus en plus les entreprises, qui voient là une opportunité sans précédent d’augmenter la productivité. Au point que l’on parle de « 4e révolution industrielle ».

 

Les salariés équipés de terminaux mobiles deviennent employables par-delà les limites du temps et de l’espace. En 2011, 73 % des cadres déclaraient travailler hors de leur bureau. Parmi eux 58 % le faisaient le soir, 50 % le week-end et 26 % pendant un arrêt maladie (sondage OpinionWay pour les éditions Tissot).

 

Aujourd’hui, au-delà des cadres, des techniciens d’intervention et des commerciaux, les entreprises cherchent à étendre ces « nouveaux modes de travail » au plus grand nombre possible de catégories de salariés.

 

Le droit à la déconnexion ne suffit pas

 

Pourtant, Bruno Mettling, le DRH d’Orange, défendait le « droit à la déconnexion » dans les colonnes du Figaro en septembre 2014. Mais Éric Péres, Secrétaire général de FO Cadres, met en garde : « Le droit à la déconnexion peut cacher autre chose. En contrepartie l’employeur peut devenir plus intrusif pendant le temps de connexion, vouloir surveiller, contrôler et mesurer davantage le degré d’investissement et la productivité de chaque salarié. L’important c’est le droit au repos et à une certaine opacité, même pendant le temps de connexion. »

 

En mars 2014, dans les colonnes du Monde cette fois, Bruno Mettling déclarait : « On ne pourra plus parler en nombre d’heures ou de jours, ce qui impose de repenser le Code du travail, marqué par des références au temps et au lieu de travail. » Philippe Charry, de la Fédération FO Com, explique au contraire « que le droit à la déconnexion ne suffit pas et qu’il faut renforcer le Code du travail pour que la digitalisation permette d’améliorer les conditions de travail et ne les aggrave pas ». Pour la fédération, qui organise un colloque le 25 juin au siège de la confédération sur ces questions, limiter le temps de connexion ne résoudra pas le problème d’objectifs trop élevés pour pouvoir être réalisés dans la durée de travail légale ou contractuelle, ce qui pousse les salariés à travailler chez eux ou… ailleurs.

 


 

 

DIGITALISATION : LA CONFÉDÉRATION FO S’EMPARE DE LA QUESTION

 

Facteur d’évolution : la digitalisation. Un colloque traitant de la nécessaire maîtrise de ce phénomène s’est tenu au siège de la confédération le 25 juin, à l’initiative FO Com.

 

Smartphones, ordinateurs portables et tablettes deviennent les nouveaux outils de travail de millions de salariés. Des outils qui permettent de travailler à distance et de rester connecté à l’entreprise à toute heure du jour et de la nuit… Le danger est évident.

 

La confédération FO a donc décidé de s’atteler à y parer. C’est à l’occasion du colloque « Digitalisation du travail : une maîtrise indispensable », organisé par la Fédération FO Com le 25 juin au siège de la confédération, que Pascal Pavageau, secrétaire confédéral chargé du secteur économique, a annoncé la mise en place, avec l’ensemble de ses fédérations, d’un groupe de travail sur la question. Objectif : rassembler dans un seul document interprofessionnel publié début 2016 les exigences de FO en la matière, notamment en ce qui concerne le temps de travail et l’organisation du travail. Le secrétaire confédéral a ensuite dénoncé l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) pour remettre en cause le Code du travail.

 

Pourtant, comme l’a rappelé Jean-François Paulin, spécialiste en droit du travail à l’université de Lyon 1, les conventions collectives peuvent déjà introduire des dispositions non prévues par celui-ci et de ce fait « le cadre français n’est absolument pas rigide ».

 

Pour que les nouvelles technologies ne soient pas prétexte à déréglementer

 

Il n’est jamais inintéressant d’entendre un point de vue patronal. Le P-DG d’Orange, Stéphane Richard, qui avait répondu favorablement à l’invitation de FO Com, a rappelé sa position en faveur du droit à la déconnexion. « Le digital, c’est merveilleux mais très intrusif. Il faudra définir des règles dans le cadre de la négociation collective », a-t-il déclaré.

 

Un point de vue partagé par FO qui depuis plusieurs mois demande à Orange l’ouverture d’une négociation sur la maîtrise de la digitalisation. Mais, a souligné Martine Bayard, déléguée syndicale centrale, « la bienveillance de l’entreprise ne suffit pas. Il ne sert à rien de parler de droit à la déconnexion sans négocier sur la charge de travail et il ne sert à rien de parler de charge de travail sans parler du nombre d’emplois ». L’enjeu est énorme, notamment à Orange, et bien au-delà dans la plupart des secteurs d’activité.

 

 

Glossaire : Derrière les mots

  • L’ « Atawadac », « Anytime, Anywhere, Anydevice, Anycontent » : « tout le temps, partout, sur tout support, tout contenu », concept traduit par le néologisme « mobiquité ».
  • Les « tiers lieux de travail » : ni l’entreprise, ni le domicile, mais les cafés, les salles d’attente, le train…
  • Digitalisation (anglicisme, digit signifie doigt et chiffre en anglais) et numérisation désignent la même chose : la traduction de textes, images ou sons en nombres et caractères qui pourront être traités par informatique.

 

 

source : Évelyne SALAMERO pour FO Hebdo